Interview D’Alexis Laipsker : Anecdotes et Photos Exclusives

Alexis Laipsker

Alexis Laipsker le très redouté et séduisant directeur de la Maison du Bluff porte depuis longtemps plusieurs casquettes : le haut de forme de Monsieur Loyal télévisuel bien sûr, mais aussi la communication de PokerStars France, l’écriture d’un ouvrage pédagogique de Poker, les commentaires sur divers gros évènements internationaux et l’animation quotidienne de sa page Facebook, alimentée en statuts rendus cultes par sa bande de fanboys.

De là à conclure qu’il a le melon, il n’y a qu’un pas que certains franchissent. Qui se cache derrière le personnage public : Alexis est-il le vrai méchant qu’il aimerait être ?

Une enfance modeste

Alexis est né dans mon village : Paris 12e arrondissement. 1969, une enfance au départ modeste dans un petit studio au premier étage, au-dessus d’une station-service.  Il est fils unique,  assez solitaire et débute sa scolarité à l’école Lamoricière en bordure du périphérique :

« Mes parents avaient peu d’argent. Il a fallu des années pour qu’ils me révèlent qu’ils ont connu des jours où il n’y avait rien à manger à la maison. Je n’ai pourtant jamais manqué de rien et surtout pas d’amour. Je peux dire que j’ai eu une enfance heureuse.

Ils étaient très bosseurs et c’est sans aucun doute parce que j’avais leur exemple sous les yeux que j’ai compris l’importance du travail, de la prise de risque aussi.
Ils ont montés une entreprise de décoration et d’ameublement qui a bien marché et du coup la situation financière de la famille s’est bien améliorée.

J’ai donc eu une enfance modeste puis une adolescence bourgeoise. J’ai continué ma scolarité dans le privé, au Collège Sainte Clotilde d’abord, puis au Lycée Saint Michel de Picpus. J’étais un gamin plutôt turbulent à l’école, super bavard, je parlais tout le temps, assez insolent : j’avais vraiment du mal avec les profs que je jugeais incompétents.  J’avais une « arrogance sélective » car j’ai toujours montré beaucoup de respect envers les profs qui voulaient vraiment m’apprendre des choses.

Ma mère a été atteinte d’un grave cancer alors que je n’avais que 7 ans. Elle a survécu, mais ses espoirs d’avoir un autre enfant ont disparu.

Comme j’étais fils unique j’ai appris à m’occuper tout seul et je ne m’ennuyais jamais. J’avais beaucoup d’imagination et je lisais beaucoup. Cette passion pour la lecture a perduré puisque de 20 à 30 ans j’ai lu environ 60/70 bouquins par an. Je flippais tellement d’avoir 30 ans que je voulais au moins être cultivé !»

Alexis pratique le tennis, m’avoue avoir tenté la poterie, lubie qui lui passera en 3 semaines… Côté école il assure le minimum syndical et après une Première C se retrouve faute de travail à passer un Bac B.

« J’embraye ensuite sur deux ans de Droit à Paris 12 mais je me rends compte que c’est pas mon truc. J’ai envie de bosser et pour ça je veux une formation courte et concrète. Je passe donc un BTS puis un DPECF en Comptabilité, ce qui m’a donné une certaine rigueur.

Je sors beaucoup à cette période, à l’époque j’étais un gros dragueur. Avec une bande de potes, nous organisions des séries de soirées suffisamment  épiques pour que 25 ans plus tard on s’en souvienne toujours. Si tu as vu le film « Projet X »… c’était un peu ça !
Je vois encore certains de ces amis. Je suis très fidèle en amitié.

Ah ! Voilà une anecdote que je n’ai encore jamais dévoilée : lorsque j’ai 14/15 ans, par timidité, je ne parle jamais de filles à mes parents. Dès qu’ils me posent des questions, je leur dit que ça ne m’intéresse pas. Je ne parle que de mes copains. Un malentendu commence à s’installer,  je m’en rends compte et ça m’amuse beaucoup. Je fais donc croire à mes parents que je suis gay. Cette situation dure quand même un certain temps et je me régale des tentatives de mon père : «  Tu as vu cette fille comme elle t’a regardé ? » ou «  Moi, tu sais à ton âge, je draguais beaucoup de filles ». Intérieurement je m’amusais bien. Puis la supercherie s’est effondrée lorsque ma mère m’a croisé dans la rue alors que j’embrassais une fille. Sans doute mon premier gros bluff !

Passionnément passionné

Alexis ne fait jamais les choses à moitié, quand il aime, il se donne à fond :

« Quand j’aime quelque chose, je ne fais pas semblant. Or je suis d’un naturel curieux, j’ai plein de passions. Les jeux, bien sûr, avec une grande préférence pour la stratégie. J’ai pratiqué les jeux de rôle pendant des années, puis je suis passé aux échecs, aux jeux de plateaux et enfin au poker.

A l’adolescence je me découvre une passion pour le Hard Rock. Je sais que c’est en complet décalage avec mon personnage, mais j’ai une très grande culture musicale dans ce domaine. J’ai failli être rédacteur en chef d’un magazine de Metal. J’ai décliné car j’avais des commerces à faire tourner. En revanche j’ai chroniqué des centaines d’albums. Et ma collection compte plusieurs milliers d’albums.

Je joue de la guitare depuis que j’ai 16 ans. Très mal. C’est étonnant comme je suis imperméable au progrès dans ce domaine. S’il y bien un domaine où je sais que je n’ai aucun talent, c’est la musique. Frustrant pour un passionné !

Je suis également collectionneur de montres.
Je suis incollable (ou presque) sur De Gaulle et Malraux.
Enfin, et ça c’est déjà plus confidentiel, je suis passionné d’Art moderne. Dada, surréalisme et abstraction, principalement. En voyageant beaucoup, j’ai eu la chance de visiter quelques-uns des plus beaux musées du monde : MoMa, Guggenheim, Musée de la Reine Sophie, NGA, etc.
»

Les voyages forment la jeunesse

« En 1992, je fais un Raid en 4×4 avec des amis. Nous parcourons environ 12 000 km en un mois et traversons l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Finlande et la Norvège pour finir au Cap Nord, 600 km au Nord du Cercle polaire. Le tout avec un vieux Lada qui n’avait plus d’âge. Tu n’as pas idée à quel point j’en ai chié ! Aujourd’hui j’en rigole, mais chaque jour était un combat.
C’était ma période casse coup. J’ai sauté à l’élastique, fait du parapente, pris part à des expéditions « survivalistes
».

Il part ensuite 6 mois à New York (aux USA) pour travailler dans un hôtel 5 étoiles. Ses parents ont en effet maintenant un hôtel et Alexis veut apprendre et comprendre le métier avant de travailler avec eux pour ne pas être que « le fils des patrons »

« Alors là je bosse mais je fais aussi beaucoup la bringue !!! J’ai 22 ans et pour l’anecdote je sors avec Miss Italie. On est VIP dans toutes les boites branchées de l’époque.

Je pars ensuite au Canada toujours dans l’hôtellerie, dans un Relais & Château à côté de Calgary.
Je voyage encore, et je découvre Las Vegas dès 1992. J’ignore évidemment que le destin va me rapprocher de cette ville.
Puis retour en France où je commence à travailler à l’hôtel de mes parents Le Relais Saint Germain.
Ils sont maintenant à la retraite à l’Ile de Ré.

Business et gaming

J’aime travailler et je n’ai jamais regretté aucun de mes choix professionnels. En 1997 j’ai découvert par hasard au Salon de la franchise le concept de distributeur automatique de cassettes vidéo. Il devait y en avoir 14 en France à ce moment-là et j’ai vraiment pris un sacré risque car l’investissement de départ représentait toutes mes économies plus un crédit. Mais ça a tellement cartonné que deux mois plus tard je m’installais dans un local pour ouvrir un vrai vidéo club. J’avais le seul vidéo club du 6ème arrondissement ! Inutile de dire que les affaires marchaient plutôt bien.

Plus tard, dès que le téléchargement est apparu j’ai senti venir la cata et j’ai vendu à temps. Puis sur une inspiration subite j’ai ouvert un restau Chinois, mais là c’était pas trop mon truc et je l’ai transformé en boutique de jeux « Fireball »: Magic, Stratégie, Jeux de rôles, etc …

J’avais commencé le Poker du temps du Vidéo Club et là grâce au magasin j’avais une base de données de joueurs. C’est grâce à ce magasin que le poker a démarré sérieusement dans ma vie. J’ai rencontré un ami d’ElkY et de Gabriel Nassif  (à l’époque deux gros random) qui m’a donné des conseils. Il m’a poussé à aller jouer sur Internet, il m’avait parlé de Party Poker mais comme j’ai mauvaise mémoire je me suis retrouvé sur PokerStars ! Sans mentir, PokerStars a toujours été ma room de cœur.
En live, nous passons très vite d’une partie par mois à trois par semaine
. »

Alexis joue de plus en plus, il vend son magasin et décide de tenter de vivre du Poker. Il est passionné joue surtout online et un peu à l’ACF. Au moment où sa femme tombe enceinte il se dit qu’il va être temps de passer à autre chose, il envisage de travailler dans l’immobilier mais le sort va en décider autrement.

« Je reçois une proposition pour organiser un tournoi d’initiation pour des novices au Poker et là je rencontre 2 mecs qui ont comme projet de monter un magazine de Poker. Le courant passe bien et on sort le premier numéro deux mois plus tard : Poker VIP. 3 ans et demi d’une belle aventure et la suite tout le monde connait : PokerStars, les commentaires, la télé etc …. »

Alexis sans langue de bois : les questions qui fâchent

Les détracteurs d’Alexis contestent parfois sa légitimité en arguant du fait qu’il n’a aucune vraie perf à son actif. Ca le touche ce genre de critiques ?

Franchement, non. Je fais un métier où le fruit de mon travail est exposé au grand public, donc aux critiques. Si je ne l’accepte pas, il faut que je fasse autre chose. Moi, j’avance. Tu ne peux pas t’arrêter à cause des critiques. Mais voici la vérité : il ne se passe pas un jour, je dis bien pas un jour, depuis des années, sans que je reçoive un message sur Facebook de quelqu’un qui dit qu’il apprécie ce que je fais. Alors, je peux t’assurer que ça compense largement les quelques râleurs qui peuvent sévir sur un forum.

Moi j’essaye de bien faire mon boulot, d’avoir un regard objectif et global sur le monde du Poker. J’ai beaucoup de respect pour le Poker amateur : qu’on se batte pour gagner un grille-pain ou une somme à 6 chiffres la passion est la même et il n’y en pas une de supérieure à l’autre. Mon métier c’est d’avoir du recul et de connaitre tous les types de joueurs. »

Et ce vilain statut alors, lu un jour sur sa page où il critiquait ceux qui postaient des perfs sur des freerolls, ce n’est pas contradictoire ?

« Si. tu as raison…. Je devais être en tilt ce jour-là. On a le droit d’être content de gagner quel que soit son niveau de buy-in et c’est ça qui est bien. Chaque année, je me déplace sur les événements amateurs, associatifs. Tu connais beaucoup de cadres du poker qui font ça ? Sans parler de La Maison du Bluff, qui est la seule chance pour un amateur de passer pro. »

Justement cette Maison du Bluff est-ce que ça ne va pas trop loin parfois dans l’humiliation de certains candidats, je pense par exemple aux deux filles qui cette année ont servis pendant toute une journée sous les ordres du Caporal et terminé en larmes… la Prod se fixe quand même un certain cadre éthique ou tout est permis ?

« Je suis catégorique : il n’y a aucune humiliation ! Tu en veux la preuve : va demander aux candidats. A ma connaissance il n’y a pas un seul ancien candidat qui ne souhaite pas re-signer pour rentrer. Je ne citerai pas de nom, mais à chaque édition, je reçois des messages d’anciens qui veulent revenir.  Il y a beaucoup de gens qui essaient d’entretenir une réputation sulfureuse à cette émission, car ça leur ramène du buzz, mais il faut arrêter de voir du scandale partout. Il n’y a pas d’humiliation. Les filles dont tu parles ne l’ont pas vécu comme ça. Elles ne sont pas sorties de cette épreuve rabaissées mais au contraire plus fortes. Il faut garder présent à l’esprit que c’est de la télé, avec une mise en scène. On les a soumises à la pression, mais pour tenir sur un tournoi il n’y a pas que le jeu, il faut du mental.

Quant à l’éthique bien sûr qu’elle est là !! Déjà au niveau du jeu : il n’y a pas de changements de règles, pas de cartes bidonnées, c’est Fair Play. C’est même beaucoup plus réglo que les gens l’imaginent parfois.

Tu sais, va demander à Moundir (Koh-Lanta), à Caroline Receveur (Secret Story) où à Vincent Quiejo (Secret Story 7) ce qu’ils pensent de La Maison du Bluff. Ils te diront que c’est une colonie de vacances par rapport aux autres émissions. Vincent m’a fait très plaisir en déclarant qu’il était plus attaché aux gens de La Maison du Bluff en un mois qu’à ceux de Secret Story en 3 mois et demi ! Il m’a aussi dit qu’il aurait pu rester six mois !
Même si on est dans le cadre d’une télé-réalité et qu’on doit faire de l’audience, ça reste quand même une émission de Poker, la seule qui ait pu diffuser des quotidiennes. Une heure de poker tous les soirs ! Qui dit mieux ?
»

Lorsque tu vois ce qui se passe avec Gaëlle et Vincent, tu te dis quoi ? « Wow » ou « aïe » ?

« Aïe. Au-delà de La Maison du Bluff, je suis garant de l’image de PokerStars. Je n’aime donc pas ce dérapage et surtout la tournure que ça prend. Certes, il n’y a aucun scandale, aucune matière à polémique, mais cela va faire parler de LMDB pour des raisons qui ne sont pas les bonnes.

LMDB n’a jamais été une émission trash et je ne veux pas que ça le devienne. Mais le phénomène me dépasse complètement et je ne peux pas l’arrêter. Je la traite très sérieusement, comme une situation de crise et je la désamorce en deux temps : en plaisantant pour dédramatiser et ne pas nier l’événement, puis en les laissant s’exprimer. Or ils avouent être tombé amoureux l’un de l’autre et dès cet instant les événements prennent une autre tournure. 48h plus tard, le buzz devient énorme et tout le côté nocif a disparu. »

Quels sont tes candidats préférés ?

« On a finalement eu de la chance, à chaque Saison les gagnants nous ont très bien représenté.  Céline et Guilhem c’était très bien, Nico et Cathy parfait, Matthieu et Seb très bien aussi… J’ai beaucoup d’affection pour ces deux-là.

Cette année j’aurai bien sûr aimé qu’Abou gagne car c’est un ami, mais Christophe est aussi un super Ambassadeur : c’est un vrai passionné, ses yeux brillent de passion et il concrétise vraiment la rencontre entre deux mondes du Poker. Vaness si elle canalise bien son énergie sera parfaite aussi, c’est une fille adorable et elle a fait des progrès considérables. »

L’Amitié semble très importante aux yeux d’Alexis, le mot reviendra souvent lors de notre rencontre. Mais peut-on avoir de vrais amis dans ce milieu un peu spécial et n’est-ce pas lassant  d’être toujours sur le devant… En gros il mettrait n’importe quoi sur FB que ses fans trouveraient ça génial …

«  Je ne mets que des choses géniales sur Facebook. Et si j’ai autant de likes et de commentaires, c’est parce que je suis entouré de personnes géniales. Plaisanterie mise à part je ne trouve pas notre milieu si spécial que ça … je te rappelle que je bosse à la télé et là en revanche …
Oui j’ai des vrais amis dans le poker et bizarrement  je ne pense pas avoir d’ennemis… des gens qui ne m’aiment pas, sûrement, mais pas d’ennemis
»

Des gens qui ne l’aiment pas ? J’ai entendu arrogant …

« Oui je suis arrogant c’est vrai. Mais ni méprisant, ni méchant. Une arrogance qui peut être un apparent excès de confiance en moi ou une vraie forme de timidité va savoir … Et puis il y a le personnage public et ma vie privée. Beaucoup de choses ont changées en moi depuis que je suis papa. Tu gommes une certaine forme d’égoïsme pour penser pour quelqu’un qui dépend entièrement de toi. J’aime tellement mon fils que je flippais presque de ne pouvoir aimer un autre enfant comme lui… En fait si j’aime autant ma fille !!! »

Tu m’avais promis une anecdote pour moi toute seule, alors, alors …

« Ah oui … Tu sais j’habite sur une péniche… Un an environ avant la naissance de mon fils, je sauve une fillette de 4 ans la noyade. Elle était tombée dans la Seine et personne n’avait rien vu ni entendu. Elle dérivait, portée par le courant, en se débattant. Je m’en suis rendu compte au moment où elle n’avait plus la force de faire la planche, ni de crier. Son visage s’enfonçait dans l’eau. C’est une image que je n’oublierai jamais. J’ai compris que le seul moyen qu’elle ne meure pas était de plonger. Quelques minutes plus tard, je la remonte sur le quai. Elle vomit de l’eau et elle est transportée en urgence à l’hôpital par les pompiers. Heureusement, tout s’est bien terminé. Elle est venue nous rendre visite avec ses parents un an jour pour jour après son accident.

J’ai reçu une médaille des mains du Préfet, devant 120 flics au garde à vous ! Pour tout dire, j’étais un peu mal à l’aise d’être décoré pour ça. Ca me semblait tellement normal d’y aller. Je n’allais quand même pas laisser mourir une fillette ! Mais ce sont les policiers qui ont insisté, ils m’ont dit « Monsieur, il faut faire des exemples. Parce que ce que vous avez fait, la majorité des gens ne l’aurait pas fait ».

C’est ce qu’on appelle un hero call … Alexis pour le moment est bien dans sa tête et dans sa vie. Que ses fans soient rassurés, il n’envisage pas d’arrêter, ne ressent pour le moment aucune lassitude, envisage la Saison 5 de LMDB et a encore plein de nouveaux projets avec PokerStars.